Bien vu, Marcel

Morts à ce jour : 4

1 min 15 s · Vidéo verticale

Bien vu, Marcel · n°04 · Révolution française

Guillotin n’a pas fabriqué la guillotine. Marcel était sur l’échafaud

Paris, avril 1792. Marcel est aide du bourreau, pour une fois du bon côté de la lame. Tout Paris parle de la machine du docteur Guillotin. À tort.

Paris, avril 1792. Une machine toute neuve attend sur l’échafaud de la place de Grève. Marcel est aide du bourreau. Pour une fois, il est du bon côté de la lame.

Autour de lui, tout Paris parle de la machine du docteur Guillotin. Le docteur, lui, ne l’a ni dessinée ni construite.

Alors, qui a inventé la guillotine ?

Personne, en 1792. Des machines pareilles existaient depuis longtemps : à Halifax, en Angleterre, une lame tombait déjà entre deux montants jusqu’en 1650. Le chirurgien Antoine Louis, qui décrit le principe de la nôtre, l’écrit lui-même : « c’est le parti qu’on a pris en Angleterre ».

Guillotin, député, a surtout demandé en 1789 la même peine pour tous, « quels que soient le rang et l’état du coupable ». Une seule mort, nobles compris, et sans souffrance. Sa machine à trancher les têtes fait rire l’Assemblée, selon l’historien anglais Croker. Fin 1789, un journal royaliste, Les Actes des Apôtres, colle son nom sur la machine, avec une chanson moqueuse. La machine n’existe pas encore.

La nôtre, c’est Tobias Schmidt qui la construit : un Allemand qui fabrique des pianos. Et Guillotin meurt chez lui en 1814, d’un anthrax à l’épaule. Un gros furoncle.

Ironie : le 25 avril 1792, le premier guillotiné s’appelle Pelletier. Le journal qui a baptisé la machine était dirigé par un certain Peltier. La foule, elle, est déçue : c’est trop rapide, elle n’a rien vu.

Le 27 août 1792, un homme du bourreau, sans doute son fils qui faisait l’aide, tombe vraiment de l’échafaud en voulant montrer une tête à la foule. Il en meurt. Le Moniteur écrit seulement « l’exécuteur ». Le saut dans le public, c’est nous. Mais même mort, Marcel n’a pas eu son nom dans le journal.

Ce qu’on sait, et à quel point

  1. SûrEn 1789, le député Guillotin demande que les délits du même genre soient punis de la même peine, « quels que soient le rang et l’état du coupable ».[1]
  2. SûrDes machines semblables existaient avant. À Halifax, en Angleterre, on décapite ainsi jusqu’en 1650 ; les registres commencent en 1538.[3]
  3. SûrEn mars 1792, le chirurgien Antoine Louis décrit le principe de la nôtre et note lui-même : « c’est le parti qu’on a pris en Angleterre ».[4]
  4. DébattuL’idée d’une tête tranchée « en un clin d’œil » est dans les journaux dès décembre 1789. La phrase exacte de Guillotin est discutée.[7]
  5. ProbableLa séance se termine dans un rire général, selon Croker.[5]
  6. SûrFin 1789, le journal royaliste Les Actes des Apôtres, dirigé par Jean-Gabriel Peltier, colle le nom de Guillotin sur la machine, avec une chanson moqueuse.[2]
  7. SûrLa première machine est construite par Tobias Schmidt, un Allemand installé à Paris, facteur de pianos.[2]
  8. SûrLe 25 avril 1792, place de Grève, Nicolas Jacques Pelletier est le premier guillotiné. La foule est déçue par la rapidité.[6]
  9. ProbableUn journal écrit que la foule semblait dire « Rendez-moi ma potence de bois ».[5]
  10. SûrGuillotin meurt chez lui, rue Saint-Honoré, le 26 mars 1814, d’un anthrax à l’épaule (un gros furoncle, pas la maladie du charbon).[1]
  11. SûrLe 27 août 1792, « l’exécuteur » tombe de l’échafaud en voulant montrer une tête au peuple, et en meurt (Le Moniteur du 30 août).[8]
  12. ProbableSelon les historiens, c’était un jeune aide, fils du bourreau Sanson. Son prénom est discuté.[4]
  13. InventéMarcel sur l’échafaud, puis son saut vers la foule. C’est nous.
Ce que dit Marcel dans la vidéo transcription
  1. 0 s La question : qui l’a fabriquée ?
  2. 10 s Marcel, aide du bourreau
  3. 16 s « La machine du docteur Guillotin »
  4. 23 s Ce que proposait Guillotin
  5. 33 s Le vrai fabricant
  6. 42 s La première exécution, avril 1792
  7. 51 s La mort de Marcel
  8. 1 min 09 s Le retour de Marcel

Tout le monde connaît la guillotine. Mais personne sait qui l’a fabriquée. Moi, c’est Marcel. J’ai vécu tous les grands moments de l’Histoire. Enfin… les premières minutes.

Je suis aide du bourreau, pendant la Révolution. Pour une fois, du bon côté de la lame. On essaie la nouvelle machine. Tout Paris dit : la machine du docteur Guillotin.

C’était pas sa machine. La même existait déjà, en Angleterre. Lui, il propose juste de s’en servir pour tous les condamnés. Il promet aux députés : la tête tombe en un clin d’œil. Ça les fait rire. Pour se moquer de lui, les journaux mettent son nom dessus.

Alors, la nôtre, qui l’a fabriquée ? Tobias Schmidt. Un fabricant de pianos. Et le docteur est même pas mort guillotiné. Dans son lit.

En avril, premier condamné : un clin d’œil. La foule a rien vu. Elle réclame sa bonne vieille corde. Et moi, sur l’échafaud, personne me regarde.

En août, je me dis : c’est mon moment. « Merci, Paris ! » La foule m’applaudit. Moi ! Je saute dans le public, comme les chanteurs. Attrapez-moi ! La foule s’écarte. …Ah. Le public parisien est dur.

C’était pas mon moment. Il paraît qu’à mille abonnés, je survis à un épisode. La prochaine fois, c’est Napoléon. J’ai un bon pressentiment.

Sources

  1. Wikipédia, « Joseph-Ignace Guillotin »
  2. Wikipédia, « Guillotine »
  3. Wikipedia (en anglais), « Halifax Gibbet »
  4. G. Lenotre, La Guillotine et les exécuteurs des arrêts criminels pendant la Révolution (1893)
  5. John Wilson Croker, History of the Guillotine (1853)
  6. Wikipédia, « Nicolas Jacques Pelletier »
  7. Le Moniteur, 18 décembre 1789, dans la Réimpression de l’ancien Moniteur, tome 2
  8. Le Moniteur, 30 août 1792, dans la Réimpression de l’ancien Moniteur, tome 13

Une meilleure source, une erreur ? Écrivez-nous : Marcel y était, mais pas longtemps.

Prochain épisodeLa prochaine fois, c’est Napoléon. J’ai un bon pressentiment.

Ses autres morts