Bien vu, Marcel · n°03 · Révolution française
La Marseillaise vient de Strasbourg, pas de Marseille. Marcel l’a chantée
Marseille, juin 1792. Au banquet d’un club patriote, Marcel apprend un chant de guerre tout neuf. Il le trouve très marseillais. Il le chante très fort.
Marseille, juin 1792. Au banquet d’un club patriote, un volontaire entonne un chant de guerre tout neuf. La salle reprend. Marcel aussi, à pleine voix. Un chant pareil, pense-t-il, ça ne peut venir que de chez nous.
Quelques jours plus tard, environ cinq cents volontaires marseillais partent pour Paris, à pied. Marcel parmi eux. Ils chantent tout le long de la route.
Alors, pourquoi « la Marseillaise » ?
Parce que les Parisiens l’ont entendue dans la bouche de Marseillais. Elle a été écrite à Strasbourg, fin avril 1792, par un capitaine du génie, Rouget de Lisle, chez le maire de la ville, Dietrich. Son vrai titre : « Chant de guerre pour l’armée du Rhin ». Et celui qui l’apporte à Marseille, François Mireur, venait de Montpellier. Dans cette histoire, les Marseillais n’ont rien écrit. Ils ont seulement chanté le plus fort.
Arrivés à Paris fin juillet, ils la chantent partout. Les Parisiens l’appellent l’hymne des Marseillais, puis la Marseillaise. Le 10 août 1792, les fédérés la chantent à l’assaut des Tuileries. Ce jour-là, selon des récits du camp révolutionnaire, des gardes suisses jettent des cartouches par les fenêtres « en signe d’amitié ». Pourquoi, et qui a tiré le premier : on en discute encore.
Ironie : le premier à l’avoir chantée, c’est le maire Dietrich, dans son salon. Il finit guillotiné en 1793. La chanson, elle, devient chant national en 1795, puis hymne national en 1879.
Pour une fois que l’Histoire retient des Marseillais, c’est pour une chanson qu’ils n’ont pas écrite. Marcel, lui, l’a chantée jusqu’au bout.
Ce qu’on sait, et à quel point
- SûrLe 20 avril 1792, la France entre en guerre contre l’Autriche.[2]
- SûrFin avril 1792, à Strasbourg, chez le maire Dietrich, le capitaine Rouget de Lisle compose un « Chant de guerre pour l’armée du Rhin ».[1]
- SûrLe premier à le chanter est le maire lui-même, chez lui. Le tableau où Rouget de Lisle le chante (Pils, 1849) montre la légende.[2]
- SûrEn juin 1792, François Mireur, venu de Montpellier, fait connaître le chant aux patriotes de Marseille.[2]
- SûrEnviron cinq cents volontaires marseillais partent pour Paris et le chantent tout le long de la route. Ils arrivent fin juillet 1792.[3]
- SûrÀ Paris, le chant prend le nom de ceux qui l’ont apporté, puis devient « la Marseillaise ».[3]
- SûrLe 10 août 1792, les fédérés de Marseille le chantent à l’assaut des Tuileries.[1]
- ProbableCe jour-là, des gardes suisses jettent des cartouches par les fenêtres, « en signe d’amitié » selon une estampe de 1792. Ce sont des récits du camp révolutionnaire.[4]
- DébattuPourquoi les Suisses l’ont fait, et qui a tiré le premier, reste discuté.[5]
- SûrDietrich, le maire qui l’a chanté le premier, meurt guillotiné à Paris le 29 décembre 1793.[6]
- SûrChant national le 14 juillet 1795, hymne national en 1879.[1]
- InventéMarcel parmi les volontaires, puis touché devant les Tuileries. C’est nous.
Ce que dit Marcel dans la vidéo transcription
- 0 s La question : pourquoi « Marseillaise » ?
- 10 s Marcel, volontaire marseillais
- 16 s Le banquet de Marseille, juin 1792
- 24 s Écrite à Strasbourg, par Rouget de Lisle
- 28 s D’où vient le nom
- 38 s L’été 1792
- 48 s La mort de Marcel
- 1 min 03 s Le retour de Marcel
Tout le monde connaît la Marseillaise. Mais personne sait pourquoi elle est marseillaise. Moi, c’est Marcel. J’ai vécu tous les grands moments de l’Histoire. Enfin… les premières minutes.
Je suis marseillais, volontaire pour la Révolution, contre le roi. Pour une fois, du côté qui gagne. À un banquet, un gars de Montpellier nous apprend un chant de guerre tout neuf. Nous, on a dit : une chanson de chez nous.
C’était pas une chanson de chez nous. Elle vient de Strasbourg, écrite par un capitaine, Rouget de Lisle. On monte à Paris à pied, en la chantant sur toute la route. Alors les Parisiens l’appellent l’hymne des Marseillais. Voilà les coupables du nom : 500 Marseillais. Dont moi.
Le 10 août, on attaque le palais du roi, en chantant. Aux fenêtres, les gardes suisses du roi nous jettent leurs cartouches. Sans cartouches, ça tire pas : en signe d’amitié. Je ramasse les cadeaux dans mon bonnet, et je me dis : c’est beau. « Merci, messieurs ! » Ils me répondent. Avec les fusils. …Ah. Ils en avaient gardé.
C’était pas un cadeau. Il paraît qu’à mille abonnés, je survis à un épisode. La prochaine fois, c’est la guillotine. J’ai un bon pressentiment.
Sources
- Élysée, « La Marseillaise de Rouget de Lisle »
- Wikipédia, « La Marseillaise »
- Musée de l’Armée, « Rouget de Lisle & La Marseillaise », épisode 4
- Estampe anonyme de 1792, BnF, collection Hennin (notice « Foundation of the Republic, August 10, 1792 »)
- Wikipédia, « Journée du 10 août 1792 »
- Wikipédia, « Philippe-Frédéric de Dietrich »
Une meilleure source, une erreur ? Écrivez-nous : Marcel y était, mais pas longtemps.
Prochain épisodeLa prochaine fois, c’est la guillotine. J’ai un bon pressentiment.


